En regardant l'ami Gérard, organisateur en chef de la
rando de Ménestreau, tu sais la « Rando des gâteaux de riz et de
semoule » (rien que ça !), qui, encagoulé et empanaché de buée,
attend les voitures des participants, et leur indique parfois leur place en
disant : « Là-bas, comme d'habitude ! », je me fais la
réflexion que ce rendez-vous n'est vraiment pas ordinaire.
C'est vrai qu'aujourd'hui, un peu
plus que d'habitude, on peut dire que c'est celui des mordus ! Des mordus de froid, oui, d'abord,
parce que la température, dehors, c'est l'ordre de moins 8 ou moins 9… dans ces
cas-là, on se dit qu'on trouvera des coins à moins dix, possible non ?
Pour moi c'est mon maximum à VTT (ou plutôt minimum, non ? La langue française
a de ces pièges !). Donc, seuls les mordus sont sortis. Et on s'équipe
plutôt dans la voiture, à l'abri, ne pointant le nez dehors que pour saluer les
autres tordus (tiens, il n'y a qu'une lettre de différence avec mordus, comme quoi, c'est voisin, non ?) et leur
souhaiter la Bonne Année. La « boune an-née » qu'on disait justement
dans ce pays, au temps jadis. Car je suis quasiment du coin, je te l'ai déjà
moult fois raconté. Tu vois le
clocher qui dépasse là, derrière le coteau ? C'est Mon clocher, mon vieux,
celui de Couloutre ! C'est à deux trois kilomètres, même pas, un tout
petit village que j'ai traversé au pas tout à l'heure en arrivant, en mettant
un nom à chaque maison… Le nom de ceux qui les habitaient autrefois, et quelquefois encore, même si la plupart sont fermées maintenant. Ma maison à moi
c'était l'école, juste au pied du clocher qui me donnait l'heure la nuit. Une
quinzaine d'années, j'y ai passé, mais quinze années qui comptent plus que
trente dans une existence, je pense.
Contrairement aux recommandations que j'ai données aux
copains, j'ai, malgré les forts risques de verglas, suivi la toute petite route
qui montait derrière chez moi, à la lisière du bois, là où ce que j'ai fait (entre autres choses) du VTT, sur
mon «Alcyon » bleu (déjà !), bien avant qu'on ait donné un nom
à cette pratique. Un pèlerinage, que je fais, un peu, tu vois.
Ben, justement, pèlerinage, ça
tombe bien puisque Ménestreau, ça vient de « monasterium », tu me
vois venir ? Rigolo d'ailleurs car la colline au-dessus, s'est quelquefois
appelée « minaret », ou "minarai", corruption de minerai,
évidemment, qu'on trouve aussi comme nom, car on extrayait du fer dans la
région … dans l'temps !
Bon, alors, c'te rando ?
J'y viens. Mais, que veux-tu, le
temps de s'équiper, de retrouver les copains, de remarquer que certains ne sont
pas venus, de boire un caoua près du poêle… Enfin, ça permet d'avoir
pilepoil le soleil qui passe le haut du premier coteau, auquel on s'attaque
juste en partant. Une petite montée pas trop méchante, entre deux champs
enneigés, mais qui te fait vite fumer du bec comme une loco et qui t'offre
l'avantage de réchauffer l'dedans, pire (et mieux) que la goutte du père
Marlot, tu vois, au café du milieu du bourg…
On s'engage dans la forêt, en
continuant de monter, qu'à force d'à force, notre groupe s'écrème sérieux.
C'est vrai qu'on se demande un peu tous où l'on en est de la forme, après
souvent une quinzaine de jours un peu costauds, côté flacons et fourchette.
Qu'un certain Michel de St Martin (car tourte la bande de l'ECConflAns, ou
presque, a fait le déplacement, je sais pas si tu te rends compte !), oui,
donc que le Michel, il a même continué les abus hier encore (qui était
d'ailleurs ce matin, au final) et donc… semble avoir du mal à trouver tout
de suite le rythme. Par contre, je suis tout surpris de me sentir pas trop mal,
parce que ces derniers temps, j'ai plus travaillé la descente que la montée,
des descentes de côte, quand même, Côte Rôtie, Côtes de Blaye, tu vois le
genre…
À force de grimper, on arrive de
l'autre côté : c'est THE descente du jour, celle qui te mène à
Villiers. C'est marrant d'ailleurs que, sur le schéma habituel, le Loulou et
ses acolytes, ils ont trouvé, dans le tracé, des petites différences qui
bluffent, comme s'il y avait un chemin parallèle. Enfin, toujours est-il que la
descente, l'est vraiment sympa, dans les feuilles gelées, avec ce qu'il faut de
côté technique pour s'amuser... gaffe quand même aux « roins »
gelés ! Le Michel s'y refait la cerise, comme de juste, et, après s'être
regroupés en passant devant le château local, on se dirige vers la vallée du
Nohain. Deuxième type de paysage, classique dans cette rando. Quelquefois,
c'est le coin boueux et pas toujours marrant, mais aujourd'hui, le sol dur est
un régal. C'est peut-être ça qui me donne la forme, j'adore ces conditions où
le vélo répond bien, les roues accrochent…un délice !
Un p'tit coucou de loin au
clocher dont au sujet duquel je te causais t'tà l'heure, un passage auprès de
domaines dont les noms sonnent profond dans mes souvenirs, et puis c'en est
tout de Couloutre, on n'ira pas par là… Trop compliqué paraît-il, pour des
organisateurs qui ont de plus en plus de boulot administratif dans la
préparation d'une rando, je ne leur en veux pas...D'ailleurs, qu'est-ce que
j‘attends, moi ? J'ai qu'à prendre mon biclou et me lancer par là quand je
veux, non ?
Le temps que je te raconte ça, on
a gagné le ravito après avoir traversé de grands champs qui ont au moins
l'avantage aujourd'hui d'être au soleil. Pause auprès du feu, avec un petit vin
chaud (le sevrage, ça se fait doucement, hein, pas trop vite…) le temps aussi
de réconforter Pilou qui a cassé son câble de dérailleur et roule, du coup, sur
la route. Dommage pour lui, aujourd'hui, c'est un jour à être sur les chemins,
vraiment. J'en profite aussi pour comprendre pourquoi mon « Camel »
semblait bouché : j'ai voulu utiliser (Enfin ! car j'avais ça au fond d'un tiroir depuis un an ou deux) le tube avec valve recouvert d'isolant. Seulement
je ne l'ai pas essayé avant de partir, et donc pas donné le petit coup de canif
nécessaire pour ouvrir la valve. On procède au dépucelage et ça roule de
nouveau.
Cette fois on est dans les bois
du « Minerai » entre Entrains et Ménestreau, une espèce de bosse
comme un dos de baleine, pas bien pentu, sauf au-dessus de Ménestreau,
mais que l'on monte et descend un
certain nombre de fois. Le plus souvent, on se trouve sur des allées assez
droites et on voit, là-bas, les gars qui sont devant, plus haut...
Histoire de te donner le moral… Un qui ne doit pas l'avoir, c'est le Michel de
St Martin. On roule tous plutôt O.K, avec Alain, Christian (qui a fait
ressouder le haut du tube vertical de son cadre, pas mal !) Maurice,
Actif-Michel et Anne aussi, mais notre Ocrien de St Martin, il a décidément du mal à
retrouver le rythme après sa soirée d'hier… Pourtant, ce genre de truc, c'est
surtout au début qu'on le sent, souvent, en roulant, la forme revient peu à
peu. Ben là, on dirait plutôt l'inverse. Les montées ne sont pas méchantes mais
longues et ça, ça ne passe pas.
En plus dans les derniers
kilomètres montants, on a lâchement un peu appuyé, avec Alain, grisés par le jeu de la trace que l'on cherche
entre les différentes ornières gelées où l'on trouve parfois un passage carrément
sur la glace (Ouf, ça tient ! Mais gaffe à la glissade !). Ou bien
alors, c'est le parfum des gâteaux de riz que l'on sent déjà ? Toujours est-il qu'on a dû laisser un
peu les autres derrière. Un passage près d'une mare gelée (où j'en ai déjà vu un
s'étaler) et l'on arrive au-dessus du village, on laisse une belle descente sur
la gauche (dommage) pour regagner directement la salle d'accueil, où l'on
s'attaque alors sérieux aux fameux desserts promis, à côté des trois
« Frapadingues » qui ne donnent pas leur part aux chiens. C'est juste comme
on en est au deuxième verre et à l'assiette de rab' qu'on a réussi à négocier,
que se pointe l'ami Michel qu'on a bien laissé tombé ! Et de nous
expliquer qu'il a fait toute la rando avec un boîtier de pédalier bien
mal-en-point : du coup, on va voir : il a une drôle de touche, c'est
vrai, son axe, mais surtout, pour réussir à tourner les manivelles, même à la
main, faut s'employer un brin ! Eh ben, chapeau le Michel ! Tu parles
d'un handicap ! Dommage qu'on n'ait pas eu de galette, car c'était lui qui
méritait la couronne, en ce dimanche qui suit l'Épiphanie…(car tu sais,
n'est-ce pas, que Marius et César épient Fanny !).
Bon, la météo annoncée n'est pas
folichonne pour dimanche prochain et je n'ai rien d'autre en rayon qu'une rando
en Sologne à Nouan le Fuselier, si tu te sens… Sinon, on épluche les
calendriers qui sont parus pour faire le nôtre. Si tu as des infos, merci.
Et pis… Boune
An-née !!!! à toué, ta
douce, le reste de la compagnie et pis… ton vélo, pardié ! |