Actif-Michel est passé me chercher avant l'aube et nous
roulons vers les Choux (plutôt Varennes-sur Truc ou machin) où nous attend
Alain. Il fait encore bien noir, mais j'apprécie ce moment où nous pouvons
encore profiter des décorations de Noël des rues et surtout des maisons, de
part et d'autre de la route. C'est parfois un peu tape à l'œil, souvent naïf
mais toujours gai. Les autres maisons en semblent d'autant plus sombres et même
tristes, en comparaison, comme des maisons vides et anonymes. Il suffit d'un
tout petit rien allumé pour que tout change : comme un clin d'œil de
connivence, c'est sympa, enfin moi, je trouve.
On a donc un œil ébloui sur ces
décors et l'autre sur le tableau de bord où le chiffre de la température
extérieure tourne autour de –5° ou –6°… Pas chaud, hein ? Même si tout à
l'heure le soleil remplacera les
étoiles, on le trouvera drôle en quittant la chaleur de la voiture. Michel
baisse peu à peu le chauffage intérieur de deux ou trois degrés pour qu'à
l'arrivée on ne subisse pas trop d'effet frigorifiant, pourtant l'habitacle
semble un doux cocon, un abri préservé et moelleux : j'ai toujours bien
aimé cette sensation de rouler dans la nuit bien au chaud dans une
voiture ; gamin, j'essayais de ne pas m'endormir pour en profiter, je
l'appréciais même quand, le lundi matin, mon père me reconduisait à l'internat,
et pourtant !… Tu sais cette sensation qui te fait te recaler comme si tu
voulais t'enfoncer un peu plus dans ton siège, tu vois ce que je veux
dire ?
Timing impeccable : on
retrouve aux Choux l'ami Michel qui arrive de St Martin pile à l'heure pour
nous conduire jusque chez Alain. Le ciel blanchit à peine du côté de l'Est et
ce n'est qu'après avoir pris un café-croissant bien agréable, devant l'insert
surchauffé, après avoir complété et vérifié notre
harnachement (multicouches de vêtements spéciaux, sachets chauffants, qui
sous les pieds, qui dans les gants, etc.) que le soleil passera timidement la
crête de la forêt en face la maison d'Alain. Actif-Michel est déjà le nez
penché sur sa machine : l'amortisseur semble affaissé et le débattement
réduit. Effet du froid ? Ça ne s'arrangera pas vraiment en roulant…
On a juste suivi un tout petit
bout de route pour vite chercher le couvert de la forêt, d'accord on ne profitera pas de la très relative
petite chaleur du soleil, sans doute, mais on sera à l'abri d'un petit vent
qui, par cette température, nous aurait vite glacé ! Les premiers chemins
sont assez défoncés, mais, magie du gel, ils sont durs. Il faut évidemment
soigner sa trajectoire, se méfier des roins qui t'enferment et font accrocher
les pédales, mais quand on voit ce que les sangliers ont fait subir à certains
passages, on se dit qu'il aurait été encore plus difficile de rouler par temps
doux ! On évite (ou pas) les flaques gelées dont la glace craque sous le
poids des vélos (et de leurs pilotes, après les agapes de Noël !). C'est
tout de même très roulant dans l'ensemble, mais on roule assez pépère :
pas trop envie de se geler les extrémités en créant, par la vitesse, un vent que
l'on est bien content d'éviter en sous-bois. Justement, tiens, les sous-bois
sont bien agréables : un vrai décor de Sologne, avec bruyères, terre
sablonneuse, bouleaux et… étangs ! Question de ça on est servis, on passe
d'un bord d'étang à un autre : tous sont gelés et l'on s'amuse de voir les
canards, les oies et les cygnes réduits au patinage imposé. Comme en Sologne
aussi, des panneaux annoncent de beaux domaines et aussi des interdictions de
passage, parfois. Parfois aussi des chasses en cours… Alain et Christian
jonglent avec les traces, les allées, les carrefours, nous on suit…Quelques
haltes, quelques photos. Avec la matinée qui s'avance, on est vraiment bien à
rouler dans un paysage pareil sous le soleil. Mais le froid persiste :
aucun signe de dégel au sol (et c'est tant mieux) et dans l'air non plus
d'ailleurs : un petit passage sur le bitume, où nous nous risquons à
appuyer un peu (si peu) plus, a vite fait de nous geler mains et pieds. Ici et
là, nous reconnaissons tel ou tel endroit, déjà traversé lors des randos
organisées aux Choux, mais rien qui puisse nous repérer vraiment et l'on se
retrouve devant chez Alain sans nous être rendu compte du retour.
Quelques tours de roue
supplémentaires pour faire le tour du propriétaire, du petit étang en
sous-bois, et l'on se retrouve acagnardés autour de la cheminée, verre en
main…Gagné par la chaleur du lieu, des verres, des copains, on discute de tout
et de rien, des problèmes de bris de cadre, tiens, en particulier, car
figure-toi que Christian, en rangeant son vélo dans la voiture a remarqué une
cassure du tube vertical au ras de la tige de selle, alors les
« Vitus », ça casse aussi ? À quoi se fier ma bonne dame !
Il faut bien briser le moment
magique : saluts, souhaits de bonne fin d'année et à plus, on ne
s'éternise pas dehors. Le rendez-vous suivant est surtout pris pour Ménestreau,
tu sais, je t'en ai parlé la dernière fois, n'oublie pas ! Et puis, si tes divers réveillons et
repas t'ont laissé un peu de place, tu auras droit là-bas à un fameux gâteau de
riz (ou de semoule) accompagné de crème anglaise ! Si Si ! Ah, tu
vois, je t'ai convaincu ? M'étonne pas, un bec-fin comme toi ! Alors
pas trop d'excès côté fourchette d'ici là, et tu seras top pour l'année
prochaine ! |